�Mes paroles l'accabl�rent.

�Il se jeta � genoux devant moi, me supplia de l'�pargner.

�Je lui dis que par �gard pour l'honneur de notre famille, je ne le d�noncerais pas en public, mais que d�sormais, il devrait toute sa vie s'abstenir de toucher une carte et que l'argent gagn� par lui serait restitu� le lendemain avec une explication.

�-- Cela serait la perte de sa position dans le monde, protesta-t- il.

�Je r�p�tai qu'il devait subir les cons�quences de son acte.

�S�ance tenante, je br�lai les papiers qu'il m'avait gagn�s, je mis toutes les pi�ces d'or qui se trouvaient sur la table, dans un sac de toile.

�Je me disposais � quitter la chambre sans ajouter un mot, mais il se cramponna � moi, me d�chira une manchette dans l'effort qu'il fit pour me retenir et me faire promettre de ne rien dire � Sir Lothian Hume et � vous.

�C��tait son cri de d�sespoir en me trouvant sourd � toutes ses pri�res qui est parvenu � vos oreilles, Charles, et qui vous a fait ouvrir votre porte et vous a permis de me voir pendant que je retournais dans ma chambre.

Mon oncle poussa un long soupir de soulagement.

-- Mais ce ne pouvait �tre plus clair, dit-il.

-- Dans la matin�e, comme vous vous en souvenez, je vins chez vous et je vous rendis votre argent.

�J'en fis autant pour Sir Lothian Hume.

�Je ne parlai point des raisons qui me faisaient agir ainsi, car je ne pus prendre sur moi de vous avouer notre affreux d�shonneur.

�Alors survint cette horrible d�couverte qui a jet� une ombre sur mon existence et qui a �t� aussi myst�rieuse pour moi que pour vous.

�Je me voyais soup�onn�, je vis aussi que je ne pourrais me justifier qu'en exposant au grand jour, par un aveu public, l'infamie de mon fr�re. �Je reculai devant cela, Charles. Plut�t tout souffrir moi-m�me, que de couvrir de honte, en public, une famille dont l'honneur n'avait pas de tache depuis tant de si�cles.

�Je me suis donc soustrait � mes juges et j'ai disparu du monde.

�Mais il fallait avant tout prendre des mesures au sujet de ma femme et de mon fils dont vous et mes autres amis ignoriez l'existence.

�J'ai honte de l'avouer, Mary, et je reconnais que c'est moi seul qui suis � bl�mer de tout ce qui s'en est suivi.

�� cette �poque-l�, il existait des motifs qui heureusement ont disparu depuis longtemps et qui me firent juger pr�f�rable que le fils f�t s�par� de sa m�re � un �ge o� il ne pouvait se douter qu'elle f�t absente.

�Je vous aurais mis dans la confidence, Charles, sans vos soup�ons qui m'avaient bless� cruellement, car � cette �poque, je ne connaissais pas le motif qui vous avait inspir� ce pr�jug� contre moi.

�Le soir de cette trag�die, je courus � Londres.

�Je pris mes mesures pour que ma femme jou�t d'un revenu convenable, � la condition qu'elle ne s'occuperait pas de l'enfant.

�J'avais, comme vous vous en souvenez, de fr�quents rapports avec Harrison le boxeur et avais eu � maintes reprises l'occasion d'admirer la franchise et l'honn�tet� de son caract�re. Je lui portai alors mon enfant.

�Je le trouvai, ainsi que je m'y attendais, absolument convaincu de mon innocence et pr�t � m'aider de toutes les fa�ons.

�Sur les pri�res de sa femme, il venait de se retirer du ring et se demandait � quelle occupation il pourrait se livrer.

�Je r�ussis � lui organiser un atelier de forgeron, � condition qu'il exer��t sa profession au village de Friar's Oak.

�Nous nous entend�mes pour qu'il donn�t Jim comme son neveu et conv�nmes que celui-ci ne saurait rien de ses malheureux parents.

�Vous allez me demander pourquoi je fis choix de Friar's Oak.

�C'�tait parce que j'avais d�j� fix� le lieu de ma retraite cach�e, et si je ne pouvais voir mon gar�on, j'avais du moins la faible consolation de le savoir pr�s de moi.

�Vous connaissez ce ch�teau.

�C'est le plus ancien qu'il y ait en Angleterre, mais ce que vous ignorez, c'est qu'il a �t� construit tout expr�s pour contenir des chambres secr�tes. Il n'y en a pas moins de deux que l'on peut habiter sans �tre vu.

�Dans les murs plus �pais et les murs ext�rieurs sont pratiqu�s des passages.

�L'existence de ces chambres a toujours �t� un secret de famille. Sans doute, c'�tait un secret auquel je n'attachais pas grande importance et ce fut la seule raison qui m'e�t emp�ch� de les montrer � quelque ami.

�Je retournai furtivement dans ma demeure. J'y rentrai de nuit. Je laissai dehors tout ce qui m'�tait cher. Je me glissai comme un rat derri�re les panneaux pour passer tout le reste de ma p�nible existence dans la solitude et le deuil.

�Sur cette figure ravag�e, sur cette chevelure grisonnante, Charles, vous pouvez lire le journal de ma mis�rable existence.

�Une fois par semaine, Harrison venait m'apporter des provisions qu'il introduisait par la fen�tre de la cuisine que je laissais ouverte dans cette intention.

�Parfois je me risquais la nuit � faire une promenade � la clart� des �toiles et � recevoir sur mon front la fra�cheur de la brise, mais il me fallut enfin y renoncer, car j'avais �t� aper�u par des campagnards et on commen�ait � parler d'un esprit qui hantait la Falaise royale. Une nuit deux chasseurs de fant�mes...

-- C'�tait moi, mon p�re, moi et mon ami Rodney Stone, s'�cria Petit Jim.

-- Je le sais, Harrison me l'a dit cette m�me nuit. Je fus fier, Jim, de retrouver en vous la vaillance de Barrington et d'avoir un h�ritier dont la vaillance pourrait effacer la tache de famille que je m'�tais efforc� de couvrir au prix de tant de peines. Puis, vint le jour o� la bienveillance de votre m�re -- sa bienveillance inopportune -- vous fournit les moyens de vous enfuir � Londres.

-- Ah! Edward, s'�cria sa femme, si vous aviez vu notre enfant, pareil � un aigle en cage, se heurtant aux barreaux, vous auriez vous-m�me aid� � lui permettre une aussi courte excursion. -- Je ne vous bl�me pas, Mary, je l'aurais peut-�tre fait. Il alla � Londres et tenta de s'ouvrir une carri�re par sa force et son courage. Un grand nombre de ses anc�tres en ont fait autant, avec cette seule diff�rence que leurs mains �taient ferm�es sur la poign�e d'une �p�e, mais je n'en connais aucun parmi eux qui se soit comport� avec autant de vaillance.

-- Pour cela, je le jure, dit mon oncle avec empressement.

-- Ensuite, au retour d'Harrison, j'appris que mon fils �tait d�finitivement engag� dans un match o� il s'agissait de lutter en public pour de l'argent. Cela ne devait pas �tre, Charles. C'est chose bien diff�rente de lutter comme nous l'avons fait dans notre jeunesse, vous et moi, et de concourir pour gagner une bourse pleine d'or.

-- Mon cher ami, pour rien au monde, je ne voudrais...

-- Naturellement, Charles, vous ne le feriez pas. Vous avez fait choix de l'homme le plus capable. Pouviez-vous agir autrement? Mais cela ne devait pas �tre. Je d�cidai que le moment �tait venu de me faire conna�tre � mon fils, d'autant plus que bien des indices me r�v�laient que mon genre de vie si contraire aux lois de la nature avait gravement alt�r� ma sant�. Le hasard, je devrais dire plut�t la Providence, fit enfin para�tre en pleine lumi�re ce qui �tait jusqu'alors rest� obscur et me donna les moyens de prouver mon innocence.

Jim Harrison, boxeur Page 75

Arthur Conan Doyle

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